« Le premier homme » Albert Camus

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« Je ne connais qu’un devoir, c’est celui d’aimer« .

Si nous avions à résumer le message de « Le premier homme », le dernier ouvrage que Camus nous a laissé , c’est bien cette phrase que nous citerions, l’Amour est omni présent dans ce roman.

« Le premier homme » avait déjà fait l’objet d’une lecture dans le Cercle de lecture historique

http://lecture.helson.org/reuniona7b5.html?num=79

A l’époque les participants étaient partagés entre ceux qui avaient été extrêmement émus à la lecture de ce roman inachevé et ceux qui à l’inverse avaient souligné ce caractère de livre inachevé et les quelques incohérences sur les personnages, ce qui aujourd’hui est apparu bien secondaire comparé à la profondeur des messages.

Est-ce l’année 2020 consacré à Camus qui nous a tous réconciliés avec cet auteur incontournable du XX ème disparu trop tôt, cette fois a fait largement l’unanimité parmi nous.

« Je ne peux dire qu’une chose, ces livres et cet auteur, je les aime, ils font partie de ce qui m’anime et me rend la littérature indispensable pour vivre et donner un sens à la vie… »

Ou encore

« C’est un livre qui reste très présent et que je feuillette de temps en temps pour l’envie de relire certaines phrases. Je le garde donc précieusement à portée de main. Ce livre m’est allée droit au cœur, sans doute parce que j’y ai retrouvé des impressions très fortes de mon enfance (les premières expériences du lycée avec la découverte des différences sociales culturelles, intellectuelles, la relation à sa mère, et aux autres membres de la famille, les copains, l’instituteur, puis le professeur du lycée.

J’ai tout aimé et absorbé dans ce livre et le relirais avec la même attention et l’envie de connaître encore plus cet homme qui écrivait « je ne connais qu’un devoir, c’est celui d’aimer« .

Deux interventions qui résument la teneur de nos propos lors de nos échanges, le mot amour revenant souvent sur nos lèvres.

On peut supposer que c’est pour ne pas se laisser emporter par l’émotion que Camus choisit un pseudo. Le héros s’appelle Jacques Cormery , il a 40 ans quand il se lance à la recherche du père ou plutôt de sa tombe , suite à la demande insistante de sa mère. Le livre évoque ensuite l’arrivée du père à Solferino (près de Bône) où il avait trouvé un emploi l’année de la naissance de son fils Albert/Jacques, dans un lieu construit par des « quarante- huitards » parisiens sans travail à qui on avait promis la Terre promise, et dont le bateau du Labrador avait échoué par hasard du côté de Bône. Ce père décrit comme « pas causant, il n’était pas causant » que la mère d’Albert a à peine connu.

S’enchaînent ensuite l’enfance d’Albert/Jacques , élevé par sa grand-mère (fort caractère, aimée, crainte, respectée, détestée parfois) et sa mère (effacée et très aimante), un oncle Ernest/Lucien dont on ne sait s’il est vraiment sourd-muet et qui initie l’enfant aux travaux manuels.
Nombreuses évocations qui nous ont marqué : à  l’école primaire avec les encriers cylindriques où le maître toutes les semaines versait l’encre violette, les séances au cinéma avec la grand-mère,  la débrouille de l’oncle Joséphin,  l’instituteur substitut du père manquant qui aimait passionnément son métier et ses extraits de Croix de bois de Dorgelès que l’instituteur offrira à Camus, les punitions et le sucre d ‘orge (nerf de bœuf , les batailles en duel, , la rue Bab Azoun pour aller au Lycée (arcades) , la ligne de tramway, la bibliothèque et l’odeur des livres neufs (j’ai toujours ce plaisir à sentir l’odeur si caractéristique des livres neufs, c’est ma Madeleine de Proust) , la scène de la distribution des prix (souvenir personnel), sa période au Lycée où pendant des années la vie de Jacques se partagea inégalement entre deux vies, qu’il ne pouvait relier l’une à l’autre.

« A personne il ne pouvait parler de sa mère et de sa famille
A personne dans sa famille il ne pouvait parler du Lycée »

« La lecture commencée avec une avidité folle, exaltée, qui finissait par jeter l’enfant dans une totale ivresse… il reprenait son livre comme s’il ne l’avait jamais abandonné »

En conclusion parmi les thèmes philosophiques que Camus soulève

– qu’est qu’un homme ?
– les valeurs de l’ engagement, du sens de la fidélité

Pour celles qui aiment les BD, Jacques Herrandez a publié en 2017 la BD d’après le livre de Camus:

https://www.franceinter.fr/culture/le-premier-homme-l-enfance-algerienne-d-albert-camus-par-jacques-ferrandez

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