« Pachinko » Min-Jin Lee

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Pachinko (collector) - Poche

Nous avons tous apprécié ce livre (avec quelques bémols, voir ci-dessous), saga familiale qui se déroule en Corée et au Japon entre 1910 et 1989 sur quatre générations. Le plaisir de lecture a été souligné par plusieurs d’entre nous, maintenus en haleine d’un bout à l’autre.

Pour mémoire, le pachinko est un petit billard vertical qui sert de machine de jeu au Japon et qu’on trouve dans les arcades. Les joueurs parient, perdent souvent, gagnent moins souvent, par contre les propriétaires gagnent beaucoup d’argent et font souvent partie de la pègre, ou du milieu du crime organisé, ce sont alors des yakusas.

Nous avons trouvé ce livre documenté, d’une grande richesse, et donnant une image réelle en même temps que nuancée de l’occupation japonaise. Le racisme et la xénophobie des Japonais envers les Coréens immigrés (les zaïnichi apatrides dans leur propre pays) persiste même au bout de quatre générations, rappelant le schéma classique colonisés versus colonisateurs. Les Coréens n’échappent pas aux clichés des Japonais sur leurs traditions de nourriture et de comportements différentes de celles des autochtones. Quoi qu’ils fassent, ils savent qu’ils ne s’en sortiront pas, une fatalité pèse sur eux. La misère, les problèmes de ravitaillement sont le lot quotidien des familles, des femmes particulièrement, même si leur niveau de vie s’accroît progressivement. Par exemple, Salomon, le fils de Mozasu, a fait de brillantes études à Harvard mais il est licencié de la banque dans laquelle il travaille et finit par retourner aux pachinkos comme son père. Au Japon, deux destins s’offrent aux zainichi: propriétaires de pachinko ou yakuza, sorte de plafond de verre intraversable, ce qui alimente le mépris des Japonais. Le sort des femmes n’est guère plus enviable que celui des hommes, écrasées qu’elles sont par la tradition patriarcale.

La recherche d’identité est un thème qui traverse le livre de bout en bout.

La figure centrale de Sunja, jeune paysanne qui se laisse séduire par Hansu, le roi du pachinko, mais refuse de devenir sa maîtresse et préfère épouser Isak, jeune prêtre protestant, nous a tous intéressés et nous avons suivi avec empathie son histoire qui court au fil de ces 600 pages. Le déracinement de Sunja, accueillie par sa belle sœur, est très bien décrit. Elle se rend vite compte que dans ce nouveau pays, sa vie va être encore plus difficile qu’en Corée. Hansu nous est apparu comme sympathique, sincère et délicat dans la façon avec laquelle il continue d’aider à distance d’abord Sunja puis son fils Noa, qui lui, le rejette catégoriquement. Quand Noa apprend la vérité sur sa filiation, il tombe malade. L’amour filial est un ressort non négligeable du livre.

Les descriptions qui courent tout le long du récit de l’apparence physique et des tenues vestimentaires des divers protagonistes, ainsi que des repas ont été remarquées.

Cependant, pour pour bon nombre d’entre nous, si la première voire la deuxième partie du livre ont été passionnantes à lire, dans la troisième, le récit s’émiette et nous empêche de nous intéresser aux divers personnages, on perd un peu pied et on sent une rupture par rapport à la lignée de Sunja. Trop de personnages à peine esquissés nous empêchent de nous intéresser à leur sort; on a l’impression que l’auteure a voulu «caser» trop d’idées, par exemple sur la condition actuelle des Coréens émigrés aux Etats Unis comme elle, avec le rêve américain comme seule issue.

Pour Nicole, qui a regretté l’absence d’un glossaire qui lui eût été fort utile, ce livre est une invitation à se documenter pour comprendre comment le Japon a pu coloniser la Corée et les raisons de ce mépris tellement ancré quatre voire cinq générations plus tard.

Enfin, notons que ce livre a donné lieu à une série télévisée l’an dernier, ce qui n’a guère surpris plusieurs d’entre nous qui voyaient bien le parti à tirer de cette saga. D’ailleurs, pour Sophie, cela lui a rappelé certains films coréens récents.

Quelques mots sur Min-Jin Lee: née en 1968, ayant émigré avec ses parents en 1976, elle a fait des études d’histoire à Yale et de droit à Georgetown (Washington, DC). Elle est avocate avant de devenir écrivain. Elle a vécu à Tokyo de 2007 à 2011, c’est d’ailleurs là qu’elle a écrit «Pachinko». Son premier livre, «American dream» vient d’être traduit en français sous le titre «La famille Han», suite à l’énorme succès de Pachinko qui a été finaliste du National Book Award de 2017. Par contre son dernier livre, «Free food for millionaires» n’est pas (encore) traduit en français.

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