
Nous avons eu le plaisir de nous réunir autour de Pierre pour commenter ce livre.
Le livre peut être défini de diverses manières, une autobiographie thématique, une recherche sur son propre milieu ou le récit de la façon dont un écrivain a sauvé l’auteur du livre… selon que l’on se réfère aux nombreuses notes, à l’index des noms cités ou à la dernière phrase : « il ne serait pas exagéré de dire que Proust m’a sauvé. »
Le livre a été généralement apprécié. Que l’on soit lecteur de Proust ou non, chacun y a trouvé de l’intérêt. Tous ont cité son style, clair et agréable à lire. La famille de l’auteur rappelle que la noblesse d’ancien régime, ici les Luynes, et la noblesse d’empire, les Murat, ont fini par se mêler. Les règles tacites de cette société restent les mêmes, représentation, rituels, se tenir et se maintenir et surtout, tolérer mais ne rien dire. L’auteur a donc grandi dans un milieu dont elle a absorbé les règles par imitation sans qu’elles soient jamais formulées et donc sans comprendre vraiment. La lecture à vingt ans de la Recherche du temps perdu lui a donné les moyens d’expliciter ce qui se passait, et donné l’accès aux sentiments éprouvés sous la surface.
Le portrait de la famille illustre et nuance ce tableau général. Alors que la mère est la gardienne impitoyable des règles, le père apparait comme une personne plus ouverte, un grand lecteur que l’auteur admire. La recension des ancêtres dont certains ont été en contact avec Proust a moins intéressé, on se perdait dans cette généalogie. L’idée étant toutefois que l’analyse de Proust portait bien sur ce milieu-là.
De façon plus intime, c’est sur sa propre homosexualité que Laure Murat a trouvé de l’aide dans la lecture de la Recherche où le mot n’est jamais prononcé. Mais le roman est plein de ces personnages doubles qui se cachent et ne peuvent éviter parfois de révéler leur vraie nature. Cela lui a donné les moyens de comprendre et la force de se dévoiler et de supporter le rejet de toute sa famille, rejet d’une violence et d’une unanimité particulière.
Ont été évoquées la contradiction entre les vertus affichées et celles observées, les relations entre maitres et domestiques, l’humour de certains personnages, détails qui ont ravi les lecteurs.
Pour en savoir plus, on peut écouter sur France culture le podcast « le souffle de la pensée » consacré à Laure Murat.
Et surtout voir sur youtube son intervention à la librairie Mollat de Bordeaux qui vous rappellera encore mieux que ce compte-rendu nos échanges sur ce livre.
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