« Là où chantent les écrevisses » Delia Owens

with Aucun commentaire

Ce roman raconte  l’histoire d’une petite fille (Kya) de 6 ans abandonnée par sa mère et ses trois frères et sa sœur qui veulent fuir un père alcoolique et très violent.

Elle va rester vivre avec ce père dans le marais de Caroline du Nord car elle n’a nul part où aller.

Elle va être livrée aux humeurs de son père pêcheur qui tantôt s’occupe d’elle, tantôt l’abandonne complètement  à sa solitude.

Confrontée à l’exclusion de la part des habitants du marais, elle est protégée par un couple afro américain : Jumping et sa femme, eux mêmes victimes du racisme. Elle ne sera pas scolarisée, du fait de services sociaux peu efficaces,. Elle rencontrera Tate qui va lui apprendre à lire et à écrire à partir de livres de zoologie et de sciences naturelles. Il la quittera lui aussi pour suivre un cursus à l’université.

Elle va vivre une histoire d’amour avec Chase, très intégré localement. Cet amour est impossible car elle-même n’a pas de statut social, elle est rejetée, c’est « la fille  du marais ». Au fil de leur relation Chase devient violent.

Un jour Chase ( en 1969) est découvert mort et une enquête pour crime va être ouverte.

 Kya sera  mise en accusation puis acquittée, au terme d’un procès. Néanmoins, lors d’un dernier rebondissement du roman, après la mort de Kya, sa culpabilité sera révélée à Tate,.

Le livre a entremêlé deux récits :  d’une part, celui de l’enfance  extrêmement solitaire de Kya  et de ses amours déçus (dans les années 1952-1969) et d’autre part, celui de l’enquête policière entre 1969-1970.

Ce livre paru en 2018 a été un grand succès de librairie aux USA. C’est un premier roman, écrit par une zoologiste  et biologiste qui a vécu 23 ans en Afrique où elle a mené des projets de sauvegarde d’espèces animales en danger.

Ce livre a été globalement très apprécié par ceux et celles de notre cercle qui ont donné leur avis avec néanmoins quelques bémols qui ont trait à des  invraisemblances dans le récit . La fin un peu trop idyllique avec Tate et Kya coulant des jours heureux a été pointée.

Ce roman a rappelé notamment, deux livres lus dans le cadre de notre cercle : « Prodigieuses créatures » de Tracy Chevalier et « Le pays du Marais » d’Amitav  Ghosh.

                                                                                                                                                          2

Les échanges ont porté sur les principaux points suivants :

1- Les impressions générales et l’écriture

Il a été évoqué : un livre « magnétique »  , « qui se déguste », un conte magique très optimiste, une fable avec un personnage principal qui s’en sort grâce à sa capacité d’adaptation à surmonter les épreuves et grâce à son engagement, sa persévérance dans l’apprentissage qui l’amènent à la connaissance.

L’enquête policière qui alterne avec le récit romanesque donne beaucoup de suspens et de tensions  tout au long du livre, ce qui a été très prisé.

L’écriture a été très appréciée pour ses aspects très poétiques et particulièrement lyriques. La nature est magnifiée tout au long du livre par de très belles observations visuelles, notamment d’oiseaux, de paysages du marais. Le lecteur est captivé par les observations de Kya  et ce, d’autant plus que le livre a été écrit par une spécialiste qui maîtrise parfaitement son sujet.

La délicatesse qui se dégage du style a été également relevée. Des moments émouvants sont juxtaposés, avec subtilité, à l’évocation de choses très dures.

L’auteur montre à quel point les comportements humains sont proches de ceux de la faune sauvage.

2-Les personnages

– La forte personnalité de Kya  qui résiste, à l’abandon des siens, à la solitude, aux « adversités » du marais, a suscité beaucoup de sympathie pour la plupart d’entre nous.

Certains d’entre nous ont évoqué des invraisemblances et des incompréhensions  concernant son abandon par sa mère  (alors que cette dernière est d’un milieu aisée) et par ses frères et sœurs.

Certains n’ont pas trouvé crédibles ses capacités à vivre au milieu de ce marais habité par des personnes qui, dans certains cas, fuyaient la société et la loi.

Kya est une autodidacte qui a beaucoup étudié avec Tate mais qui a surtout appris par elle-même grâce à ses expériences, à sa relation avec la nature.

En fréquentant Chase, Kya a cherché à accéder à une sociabilité « normale », à une intégration dans la communauté du marais. Elle a été doublement déçue par Chase.

– La majorité d’entre nous ont apprécié Jumping et sa femme très aidants pour Kya  tout en étant très soucieux de ne pas la blesser.

Le marais a été appréhendé comme étant un personnage à part entière du livre. Il est mystérieux. Dans sa 1ère partie, il apparaît comme étant lumineux et protecteur. Dans la 2ème partie, il est sombre, inquiétant et brutal.

                                                                                                                                                          3

3- Le contexte  historique et le procès

Le début de l’histoire se déroule dans les années 50 mais en fait, on comprend par Jordi , un des frères, que les parents de Kya qui ont eu quatre enfants avant elle, ont commencé leur vie de couple vers 1930 en Nouvelle-Orléans.

La crise économique des années 30 les a touchés. Le père a perdu son travail et ils sont venus s’installer dans ce marais en Caroline du Nord où il y avait, entre autres, des personnes exclues ou déclassées.

Il a été observé que dans les années 60-70, c’est l’essor de la société de consommation aux USA. Cette donnée n’a pas été prise en compte dans la description de la vie de la communauté du marais.

Le récit du procès  de grande qualité a été très apprécié. Les débats entre les parties en présence ont été trouvés très intéressants.

Ce livre a inspiré un film d’Olivia Newman sorti aux USA en 2022.

Répondre