« Frapper l’épopée » Alice Zeniter

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Frapper l'épopée

Ce livre se déroule en Nouvelle Calédonie, c’est un roman dense, qui aborde de nombreux
thèmes, un peu à la manière d’un caléidoscope ; il nous apprend beaucoup sur ce territoire
d’outre mer, situé à plus de 16 000 km de la France. Il a, au départ, servi à « accueillir » les
bagnards et a remplacé les bagnes de Toulon et de Cayenne notamment, au 19ème et
début du 20ème siècle (bagnards politiques, des communards comme Louise Michel ou
bagnards de droit commun).
La plupart ont aimé ce livre, sur le fond comme sur la forme, mais pas forcément en
totalité. Certains ont trouvé « Frapper l’épopée » un peu bavard, avec des passages trop
longs. Plusieurs ont dit avoir mieux apprécié « L’art de perdre » de la même autrice.
Le titre a surpris, il s’agit de dénoncer les entreprises colonialistes comme des épopées.
Mais il s’agit plus de prédation que d’épopée. « D’un paradis on a fait un enfer », disait-on.
Par ailleurs, « Frapper l’épopée » est utilisé par une rapeuse, Casey, et signifie « Se refaire
une santé », « Revivre »… Chacun peut l’interpréter à sa manière.

Le discours de l’autrice est nettement anti colonialiste. La colonisation de ce territoire a été
très différente de celle de l’Afrique noire ou de l’Afrique du Nord, avec ces colons venus
s’occuper des bagnards ou de ces bagnards, libérés par la suite. Les aspects raciaux (et
racistes), notamment entre les Caldoches répartis en deux groupes : colons blancs et riches
auxquels on a attribué les meilleures terres et les pauvres, descendants des bagnards. Ces
deux groupes s’opposent -parfois ensemble et parfois entre eux – aux Kanaks, le peuple
présent lorsque les colonisateurs ont pris possession du territoire. Alice Zeniter parle de la
colonisation des 3ème et 4ème républiques, qui la considéraient comme une mission
civilisatrice et rédemptrice. Ceci a permis aux Européens de justifier la colonisation. Les iles
éloignées sont aussi des points stratégiques d’un point de vue géopolique.
Mais le livre aborde aussi les viols, dont ceux d’enfants, les plus vulnérables.
Un groupe cherche réparation, et pratique « l’empathie violente », pour essayer de faire
comprendre aux Caldoches ce que le peuple kanak a subi, refoulé vers le nord en étant
dépossédé des meilleures terres, qui ont été attribuées aux riches colons. Par exemple, ils
s’introduisent chez un particulier et déplacent les objets dans son logement, sans rien
prendre, juste pour le perturber. Les fortes inégalités sociales font de la Nouvelle Calédonie
un territoire explosif.
La naratrice, Tass, est en quête de son identité, elle a vécu en France mais ses ancêtres sont
calédoniens. Tass « tombera dans un trou d’eau » et aura une révélation sur elle-même.

Elle est issue d’un mariage mixte, son arrière grand-père était un bagnard kabyle de droit
commun. Elle comprend qu’il faut vivre des expériences, et pas seulement confronter des
idées. Dans le « trou », elle entendra les voix de ses ancêtres, et comprendra mieux le
territoire. C’est une expérience magique, fantastique.
Les 2ème et 3ème parties, après cette expérience du trou, ont été mieux appréciées par
presque tous, sauf une lectrice qui a écrit « J’ai bien aimé le livre jusqu’à la chute de Tass
dans le trou d’eau qui voit alors défiler ses ancêtres et où le roman passe à une étude à la
fois historique et sociologique qui est intéressante mais casse le lien et coupe le roman
brutalement. »
Certains ont évoqué ces surnoms un peu compliqués à mémoriser (NEP, N’Epousera pas un
Pauvre par ex).
Quelques participants connaissent des habitants du territoire, issus de la métrople, qui leur
ont fait part d’expériences différentes de celles évoquées par Tass : ils vivent en bonne
intelligence avec les diverses strates de la population. Alice Zeniter n’a passé que quelques
mois là-bas, en plusieurs fois. Ceux qui y vivent à plus long terme peuvent avoir un point de
vue différent. L’autrice s’est rendue en Nouvelle Calédonie pour parler d’un de « L’art de
perdre » en 2019. Elle s’est intéressée au territoire et y a séjourné à plusieurs reprises. Son
roman a été écrit sur place en 2023.
Une lectrice fait remarquer que dans les pays ou territoires colonisés, les colonisateurs
peuvent cohabiter en bonne intelligence avec les « locaux » mais ces derniers sont leurs
employés, leurs subalternes, les colons restent les « patrons ».
J’achève en citant l’ONU qui a inscrit la Nouvelle Clédonie sur la liste des territoires non
autonomes, qui restait à décoloniser.
L’histoire de la déccolonisation de la Nouvelle Calédonie reste à écrire : Le 14 mai 2024

l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi constitutionnelle, contesté par les
indépendantistes, élargissant le corps électoral pour les élections provinciales à toute
personne résidant depuis dix ans sur le territoire.

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