Le cercle s’est tenu dans des circonstances particulières qui ont rendu les échanges difficiles. Voici toutefois ce qu’on peut en dire. Merci aux contributrices par écrit.
Tous n’avaient pas lu le livre, ou pas jusqu’au bout car il a été considéré parfois comme difficile. Certains ont été écouter l’auteur sur internet. L’avis général était cependant que le livre était intéressant, passionnant même.
L’a priori du livre : le temps de cerveau disponible n’a jamais été aussi important. Les nouvelles conditions technologiques de l’information accroissent infiniment l’offre d’information. Notre cerveau est issu d’une longue évolution biologique. La situation dévoile le fonctionnement de notre cerveau et notre « nature » et la façon dont nous réagissons au marché dérégulé de l’information. Sur l’apparition de ce marché, la concurrence entre ses acteurs et déjà certains mécanismes de notre attention, l’auteur avait publié en 2013 « La démocratie des crédules ».
La première partie rappelle une brève histoire de l’évolution des « homo ». La sédentarisation, le stockage et l’excédent de ressource, l’émergence du politique pour gérer des groupes supérieurs à 150 personnes. L’évolution du rapport au danger et à l’incertitude par la religion, la magie, la rationalisation, ce qui permet de la diminuer et libère du temps de cerveau, le trésor dont il va ensuite examiner l’usage que nous en faisons.
Considérant que notre cerveau et son utilisation comme un « trésor », l’auteur examine l’usage que nous en faisons et la façon dont nos caractéristiques neurobiologiques nous rendent sensibles au marché dérégulé de l’information[1]. Cette analyse aboutissant à une apocalypse dans le sens de révélation de notre situation face au monde numérique actuel qui nous influence, voire nous manipule et à un jugement sur la façon dont nous y réagissons. Cette partie fait appel à quantité de données souvent issues de la neurobiologie et liste une série de caractéristiques du cerveau qui nous rendent « fragiles » à la manipulation. Sensibilité à certains sujets, à certaines émotions, à l’incomplétude de l’information, aux effets « cobra », « cocktail », « Othello », « Streisand », etc. l’auteur fait ainsi appel à notre compréhension de ce qui nous anime et à la vigilance sur ce qui peut nous influencer.
La seconde partie compare deux visions du monde. Celle de « l’homme dénaturé », issue de la pensée Rousseauiste, qui suppose que l’homme est bon et déformé par la société. Il évoque les nombreuses expériences de communautés ou d’utopies qui n’ont pas fonctionné pour illustrer l’erreur d’angélisme de cette vision. L’autre, c’est le populisme qui érige le peuple en entité homogène et choisit le pouvoir direct, la désintermédiation, faisant directement appel au peuple et choisissent pour lui parler les manœuvres décrites dans la 1ère partie : la peur, l’appel à la colère, l’intérêt pour les conflits, en ajoutant des arguments comme leur « intuition » plus faciles à accepter pour le cerveau reptilien.
On est donc dans un marché de l’attention qu’il faut capter. Il y a une offre, il y a une demande. Certains ont avancé que l’offre crée la demande, c’est en fait ce que disent les tenants de l’homme dénaturé, puisque ces goûts pour la colère, le conflit, etc… n’existaient pas au début et sont créés par les médias par exemple. Bronner s’oppose à cette idée, en disant que l’offre rencontre la demande, elle ne marche que si elle répond à une demande, et que donc le fond de l’homme est aussi fait de cet intérêt malsain au conflit. Mais il n’est pas pour le populisme, qu’il craint. Il s’oppose également au complotisme, pour lequel la volonté d’hégémonie sur les cerveaux est politique, et a pour but la destruction de l’homme. Il pense plutôt que le moteur principal est d’ordre économique.
Bien qu’il soit Professeur de sociologie, son auteur est parfois contesté par d’autres sociologues à cause de la façon dont il convoque la neurobiologie alors qu’eux-mêmes convoquent plutôt des facteurs socio- culturels comme explicatifs. L’auteur s’appuie sur de nombreuses références biologiques et nous ne sommes pas capables d’avoir une opinion d’expert sur la façon dont il s’y réfère. Cependant ces remarques n’empêchent pas de conseiller sa lecture, surtout aux jeunes.
Par ailleurs, le fait qu’il évoque toujours l’espère humaine dans son ensemble semble trop générale.
Sa description d’un homme universel ne reflète sans doute pas toutes les situations dans le monde. Il a aussi été noté que sa vision est genrée. Son Homme serait plutôt un homme qu’une femme moins attirée par le conflit par exemple.
Beaucoup l’ont ressenti comme un livre d’alerte, une démonstration convaincante et certains se disent pessimistes et inquiets. Des expériences personnelles ont été évoquées, illustrant certaines manipulations. La fracture générationnelle dans notre façon de nous informer est soulignée. La situation politique a été évoquée. La lecture a été jugée ardue pour une partie, plus aisée pour la seconde. Le style a plu.
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